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Ce qui est fascinant avec un projet tel que celui-ci, c’est que tout est relationnel. Pas seulement en certaines parties, mais bien à chaque étape. C’est à la fois une joie et une crainte : du début à la fin, nous sommes forcément jaugés et jugés. Une règle du jeu naturelle qui s’est imposée toute seule et que nous devons accepter. Dès l’arrivée sur les lieux, toute maladresse rend la suite des évènements délicat. Une douzaine de témoignages positifs peuvent presque « s’effondrer » face à un seul témoignage négatif. Mais surtout, le plus complexe à assumer pour des artistes est la dimension humaine.
– Cet article a été rédigé par Alexis, body-painteur et concepteur du projet Symbiose. Il rend compte d’un point de vue subjectif qui n’engage que lui –
Bon, un artiste n’est généralement pas inhumain 🙂 Mais un autiste sommeille souvent en lui (enfin, en moi tout du moins, et je ne pense pas être le seul). Lors de la création, il est dans son monde intérieur : il peut créer pendant des heures, parfois des jours ou des mois entiers sans sortir de sa matrice. C’est du reste pour cela qu’il peut s’égarer et commettre d’horribles œuvres en se croyant un génie… ou bien être parfaitement conscient de sa vanité en sachant qu’il répond à une demande (tel le gros plug vert gonflable ayant trôné sur la place Vendôme à Paris).
Surtout, l’artiste aime maîtriser sa création de A à Z, et dans un tel contexte, tout se complique. Car le « support » est vivant. Avec des bras, des jambes et un coeur qui bat. Volontaire, certes, mais amateur, et d’ailleurs en vacances. Il peut également être complexé, timide, et accessoirement ne pas avoir toute la journée devant lui. Pendant ce temps, les concepteurs du projet se torturent l’esprit en silence à la recherche du visuel parfait. Celui qui entrera dans sa légende personnelle, que l’oeuvre obtienne du succès ou non. Le résultat après lequel il pourra se dire « je l’ai fait ». Le résultat après lequel on pourrait presque être emporté par un ouragan sans avoir de regrets.
En terme plus argotiques, on appelle ça « la photo qui tue ». On la cherche, on la construit de concert, parfois on la frôle du doigt, et il est rare d’y parvenir totalement. On râle alors un peu sans le dire. Car forcément plus le temps passe, plus tout se complique. Le modèle a faim, a des choses à faire, parfois même lorsqu’il s’agit d’une famille les enfants perdent patience. Quoi, vraiment ? Se passer de « la photo qui tue » pour un déjeuner ou une sortie en canoë ? … Sacrilège ! Seulement, non. Pas question d’entrer dans l’état d’esprit « l’artiste est roi » ou seul compte cet élément. C’est malheureusement un défaut artistique typique rendant de nombreuses œuvres très paradoxales. Des œuvres (cinématographiques, musicales et autres) censées représenter un désir de justice et d’harmonie, et dont les coulisses se révèlent en fait l’exact inverse.
– Exemple : les films de Stanley Kubrick, et même ceux de Chaplin, dixit un certain nombre de comédiens –
Bien des projets artistiques sont en fait ainsi : seul compte le résultat, qu’importe les moyens. Dans le monde de la photographie notamment, on ne dénombre plus les témoignages accablants de modèles pros. En faisant le tri des photos de notre séjour 2017 à la Genèse, je me surprends parfois à me dire « Raaah, on a loupé LA photo parfaite. Il aurait fallu attendre un peu plus, le faire à une autre heure… il aurait fallu grimper sur ce rocher, allonger la séance… ». Puis, la dimension humaine me revient à l’esprit. Nous devions tenir compte de chacun, de l’emploi du temps, des envies, des capacités… et c’est bien entendu ce qu’ont fait Noah James et Marianne, le couple d’artistes s’étant occupés des shootings. Faire en sorte, dans la mesure du possible, que chaque expérience de body-painting et de shooting reste un bon souvenir pour le modèle est pièce intégrante du projet. Et bien entendu si cette partie a des succès comme des échecs, je remarque que cette année, les retours sont particulièrement positifs. J’ai donc bon espoir que nous soyons sur la bonne voie : tenir compte de la dimension humaine à chaque étape.
J’en profite d’ailleurs pour rappeler une nouvelle fois que vos témoignages, quels qu’ils soient, nous sont précieux !
